mardi 12 mai 2020

Terres d'espérance : les Amis du MRJC - 54 -

Initiative se rapportant au chapitre "Pauvretés - Fragilités"
du rendez-vous Terres d'espérance


Une équipe de lycéens va à la rencontre de jeunes ayant un handicap pour découvrir leur vie et surtout construire quelque chose avec eux. Ils découvrent par là que les richesses  ne sont pas que d'un côté. 

Cela permet aussi à ces jeunes en ESAT de se mobiliser, de créer ; leur communauté habitée de la foi au Christ porte un beau témoignage de cette foi qui peut habiter tout être humain quelles que soient ses capacités.



Les Amis du MRJC
-Pays de Colombey / Toulois sud-

1- Le contexte – la genèse



En 1994, un ESAT est créé en Pays de Colombey les Belles ; des jeunes en situation de handicap y sont embauchés ; d’autres, ne pouvant réaliser une activité salariée, sont accueillis dans des maisons spécialisées.


Marie Pascale est religieuse établie dans une petite communauté située dans un tout petit village du secteur. Elle accompagnait le MRJC sur ce secteur. En 2004, une équipe de lycéens s’est donné comme  projet de mieux connaître des personnes en situation de handicap. Ils ont commencé par visiter l’ESAT, et ensuite, se sont retrouvés régulièrement, pendant 18 mois, 5 lycéens et une douzaine de personnes en situation de handicap. Pour partager leur vie de travail, de formation, de loisir.


Leur découverte mutuelle donnera lieu à la création d’un spectacle. « Une rencontre pas comme les autres » (mars 2006). Et en 2008, un deuxième spectacle « le bonheur, c’est tout petit, et pourtant ». Une lycéenne écrivait le scénario.

Les lycéens les ont quittés, et les jeunes handicapés décident désormais de continuer  en équipe à se réunir et de prendre le nom « Amis du MRJC » et ayant pris goût à la scène, décident de poursuivre l’aventure du spectacle. En novembre 2019, ce sera leur dixième spectacle « une si belle histoire ».

2- Description de l'initiative

Les Jeunes Amis du MRJC se réunissent 2 journées tous les mois, dans une maison mise à leur disposition ; ils passent bien sûr un bon moment ensemble, mais ils travaillent surtout à leur nouveau spectacle : choix du thème/fil rouge généralement tiré des temps forts qu’ils ont vécu durant l’année, rédaction des textes, répétitions, apprentissage des chants et des pas de danse… Un jeune d’origine africaine les a rejoints en 2008, apportant encore plus de mixité, plus de couleurs à ce groupe.

Le spectacle présenté 2 fois lors d’un même week-end, attire un public fidèle, bien au-delà du cercle familial ou de la paroisse ; ces jeunes ont su démystifier le handicap physique et mental en osant présenter leur handicap comme une force.

La messe de Noël dite « des pas gâtés » attire chaque année la foule ; elle présente une crèche vivante et est animée par les  Amis du MRJC.

Cette équipe participe également aux manifestations organisées sur le secteur, notamment à la Fête du Don (Festi’Dons). 

3- Les acteurs

Marie Pascale et l’équipe des  Amis du MRJC
Leurs parents et les bénévoles qui soutiennent cette équipe toute l’année et lors des spectacles, manifestations ou lors de la messe de Noël.


4- Quels fruits dans la relation aux personnes ?



La spontanéité, le parler vrai, la joie et le bonheur qui émanent de cette équipe, touche toute personne qui les côtoie ; nombreuses sont les personnes qui ont changé leur regard sur le handicap après avoir assisté à leur spectacle et osent l’échange.

5- Quels fruits dans la relation à l’environnement ?

L’équipe des amis du MRJC est très sensible à ce qui se vit dans le secteur. Ils ont été invités par le directeur de la Fabrique (territoire zéro chômeur) à visiter.
Ces jeunes adultes viennent de villages où ils sont isolés et peuvent ainsi se retrouver.         
Leurs spectacles changent le regard des habitants sur eux, on connait maintenant des personnes, et on ne voit plus le handicap. Le message « on est heureux ! », marque les mentalités.

6- Quels fruits dans la relation à soi-même ?

Les personnes en situation de handicap se sentent grandies. « Je suis plus à l’aise, j’ai plus confiance, et plus j’avance, plus ma mémoire grandit. »
« ça m’a permis de sortir – avant je ne sortais qu’avec mes parents ».
Une vraie vie d’équipe s’est instaurée, chacun prend sa place, la fraternité et la solidarité sont vécues.
Dans leurs lieux de vie, ou leurs lieux de travail, ils se soutiennent.

7- Quels fruits dans la relation à Dieu ?

Les rencontrer, les soutenir, les applaudir, c’est quelque part entrer en relation avec Dieu à travers leur faiblesse, leur handicap. Cela nous pousse à nous interroger sur notre capacité à accueillir le tout petit, celui qui ne compte pas ou si peu…
La prière vient spontanément lors d’évènements (décès d’un proche, quand ça va bien, joie partagée …). Ils ont une foi incarnée.

Chacun participe à la préparation de la messe des « pas gâtés, vivre debout ».

samedi 9 mai 2020

Terres d'espérance : Journée du refus de la Misère le 17 octobre à Sézanne - 51 -

Initiative se rapportant au chapitre "Pauvretés - Fragilités"
du rendez-vous Terres d'espérance



Cette initiative venue des chrétiens du Sézannais, engagés dans le CCFD, le Secours Catholique et ATD Quart Monde est intéressante parce qu'elle montre une action remarquable vers les plus fragiles, dimension centrale dans la Mission de l'Eglise.



Elle montre aussi que dans leur mission les chrétiens sont amenés à travailler avec toutes les personnes  et associations de bonne volonté quelles que soient leurs croyances et cela ne ternit pas leur témoignage; cette situation correspond au contexte habituel de notre annonce de l'Evangile.





"17 octobre, Journée du refus de la misère"
(Sézanne 51)



1- Contexte et Genèse

En 2008 commence au niveau des paroisses du Sézannais (Sud-Ouest de la Marne) une sensibilisation à la pauvreté : témoignage du directeur du Centre intercommunal d’Action sociale.

En 2011, décision est prise d’impliquer tous ceux qui le veulent dans cette soirée du 17 octobre : Secours Populaire, Secours catholique, CCFD, La Croix Rouge, le CIAS, Lire et faire lire, Médiathèque, Ecoles et cité scolaire, Alphabétisation, Espace Jeunes, Conseil municipal des Jeunes, Diaconia 2013, Vie libre, Sz’aide (accueil des migrants). Il est veillé à ce que les pauvres soient partie prenante et puissent s’exprimer, notamment au travers de PISTE (entreprise de réinsertion)  et aussi migrants.

Le but partagé par tous est une sensibilisation aux pauvretés, une invitation à l’engagement ; il s’agit de changer le regard des gens. Le rassemblement est a-politique et a-confessionnel.

2- Description de l'expérience

La soirée est préparée par un travail intense de mai à novembre. Chaque année comporte un thème :  Déclaration des droits de l’homme, lutte contre les discriminations sociale, culture, écologie, Convention internationale des droits de l’enfant.

Création d’une chorale, d’un atelier sculpture par des gens en situation de pauvreté.
Depuis est né un repas partagé un dimanche par mois qui réunit une quarantaine de personnes.
Des enseignants du primaire, du collège et du lycée se mobilisent sur le thème et permettent aux jeunes de participer à cette soirée.

« La forêt des idées reçues a pu alors être réalisée le 17 octobre, grâce à un artiste, qui a créé une forêt à partir de matériel de récupération, des paroles retenues, des dessins réalisés ; des jeux de rôles pour sensibiliser les personnes présentes ont pu compléter cette exposition intergénérationnelle lors de cette journée qui a regroupé enfants, ados, parents, adultes, personnes accompagnées, acteurs de la société civile … en fait 120 personnes environ ! Des mondes qui ne se côtoyaient pas régulièrement ont pu ce jour-là vivre un grand moment ensemble d’écoute, de partage (en particulier à l’aide du jeu du positionnement) ».

3- Quels fruits dans la relation aux personnes ?

Chaque association est là avec son étiquette mais pas pour son étiquette.  Libres-penseurs et cathos se côtoient. Le fait que certains soient liés à la paroisse ne pose pas de problème, c’est plutôt une découverte heureuse. Découverte de la générosité de certaines personnes quelles que soient leurs convictions. Il est partagé un esprit de dévouement, une belle leçon de « diaconie ». On apprend le partage.

On va plus loin grâce au collectif, pluralité des regards. C’est aussi l’avantage du rural ; tous se côtoient dans une collectivité restreinte et c’est plus facile, si on le désire, de faire ensemble. Il s’agit d’aller vers l’autre et d’avancer avec.

Pour les plus pauvres, ils se donnent de la valeur entre eux (un point d’honneur à présenter quelque chose de beau) et ils sont heureux. On leur permet de donner, de parler et pas seulement de recevoir. Il y a une reconnaissance de leur dignité. Il s’agit aussi de rompre un isolement.

4- Quels fruits dans la relation à l’environnement ?

Il y a eu une année le thème de l’écologie. Cela a permis de sensibiliser les jeunes à la question de l’écologie.
A noter que les dégâts de l’environnement concernent déjà les plus pauvres : maisons mal isolées, nourriture, déplacements. La problématique de la pauvreté met aussitôt en relief des problèmes écologiques qui les impactent.
Prise de conscience de toutes les dimensions de notre humanité : culture, relations sociales, vie matérielle, lien à l’environnement

5- Quels fruits dans la relation à soi-même ?

Travailler au changement de regard des gens sur ces questions de pauvreté : une connaissance plus directe permet de réformer ses jugements.
Occasion pour les plus pauvres de prendre conscience de leur dignité et de leurs capacités.
Grandir dans ses convictions et sa réflexion par la rencontre des autres
Effort de bienveillance , une bienveillance réciproque ; entretenir le lien social.
Nourrir les vertus de persévérance et d’espérance car tout cela est fragile.
Accepter les gens tels qu’ils sont.

6- Quels fruits dans la relation à Dieu


Voici un témoignage :
"J’ai baigné depuis toute petite dans la spiritualité des frères et sœurs des campagnes,  qui est pour moi « être là », « être avec simplement ;  « vivre dans la simplicité », « faire avec et non pour », …. .
Ceci m’a certainement orienté dans mon choix professionnel, dans mon attention à l’autre, être attentive à ce que peut vivre mon voisin.
Répondre à l’appel du 17/10, rejoint mes convictions personnelles,  de laisser la place à chacun quel qu’il soit (race, culture, rang social,)  cela peut paraitre idéaliste, certain me dise que je crois encore à un monde de bisounours, et me dise de redescendre sur terre… .
Oh que non je sais bien que le monde de bisounours n’existe pas, la dureté de la vie me le démontre tous les jours, la vie est difficile, d’ailleurs elle ne m’épargne pas non plus mais je crois en un Dieu qui se dit « Amour » et qui me propose de le suivre sur ce chemin.  Je pense que chacun à sa place si on  lui laisse la prendre, chacun à sa contribution, chacun doit donner  ses talents  pour un mieux vivre ensemble.
Quand St Paul dans sa lecture nous dit « que  le Seigneur vous donne,
entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, …
 et qu’ainsi il affermisse vos cœurs, il y a toujours une question d’ouverture de cœur et d’amour.
Merci Seigneur, de me demander de te servir d’instrument et de m’aider à tenir dans cette mission que tu me demandes".
Sommes-nous dans la Mission : nous n’annonçons pas directement le Christ mort et ressuscité. Mais les gens savent qui nous sommes et à quelle association nous appartenons. C’est surtout un acte de foi en l’homme que nous partageons dans une ouverture à tous et cela rejoint l’Évangile.
Cet engagement et ces actions permettent à notre foi de grandir, de s’épanouir de prendre de nouvelles dimensions.


jeudi 7 mai 2020

Diocèse : communiqué n°7 du 6 mai sur le déconfinement

Au clergé et aux fidèles du diocèse de Châlons
Il y a presque 2 mois, la population française a été placée en confinement strict, comme dans beaucoup d’autres pays du monde. 
Faisant preuve de civisme et de loyauté, les catholiques se sont soumis à l’interdiction des rassemblements, y compris les Dimanches et pendant la Semaine Sainte. Je tiens à saluer la sagesse de chacun malgré le poids de souffrance et de frustration que cela a pu engendrer, tant chez les pasteurs que chez les fidèles.
Pour autant, nous ne sommes pas restés inactifs et n’avons pas mis notre foi et notre charité en confinement. Des retransmissions ont permis de vivre le mieux possible les prières de l’Église. De très nombreuses initiatives ont émergé, faisant apparaître que la charité évangélique est le meilleur geste-barrière contre les virus de peur, de haine, de violence et d’indifférence. Je remercie chacun et chacune d’entre vous pour ce déploiement d’initiatives qui devront continuer et se développer, comme nous l’avons déjà fait pour l’accueil des migrants depuis 2015, tellement la crise économique et sociale s’annonce dure et durable.
Dans le cadre d’un dialogue franc avec le gouvernement, les évêques de France ont proposé un « plan de déconfinement » le 24 avril dernier, disant notamment qu’il leur semblait « essentiel que la vie ecclésiale puisse retrouver son caractère pleinement communautaire au même rythme que la vie scolaire, sociale et économique de notre pays à partir du 11 mai 2020 »...
L'intégrale du communiqué sur le site diocésain : http://chalons.catholique.fr/veille-solidarite/communiques/


+François Touvet

mercredi 6 mai 2020

Terres d'espérance : une Cuma solidaire en Htes Pyrénées

Initiative se rapportant au chapitre "agriculture" du rendez-vous Terres d'espérance

L'expérience décrit une réalité bien connue dans le monde agricole qui est celle des coopératives d'utilisation de matériel agricole. L'intérêt du témoignage sur l'histoire de la construction de cette coopérative est d'en montrer la dimension humaine : ce qu'elle demande de travail pour se comprendre, de conversion intérieure pour bien vivre cette relation aux autrs et d'aptitude juste pour bien se situer face à la Création qui nous est confiée.

"Une Cuma solidaire dans le secteur de Galan -65-"



1- Genèse de l'initiative

En 1998, onze agriculteurs des villages de Sentous et Lahitte se regroupent pour acheter une remorque et d'autre matéreils en commun.

En hiver 1999-2000, la commune de Sentous a réussi une restructuration foncière. Le parcellaire s'est amélioré, les champs plus grands laissent  d'entrevoir la possibilité d'utiliser des outils plus larges. Les projets structurants voient le jour à partir de 2001 avec irrigation par pivots.

Les agriculteurs arrivent plus nombreux, avec des initiatives nouvelles : achat de matériels d'élevage et culture, tracteurs, moissonneuse-batteuse, puis embauche de salariés, le pulvérisateur automoteur et enfin la construction d'un hangar avec aire de lavage, salle de réunion, tout cela en moins de 20 ans. Il faut dire que les adhérents se connaissent depuis longtemps, certains depuis l'école puis grâce au comité des fêtes, au rugby.

En 2013, fusion avec la Cuma voisine. Le groupe es renforcé pour atteindre aujourd'hui 42 adhérents.

2- Description de l'initiative

Aujourd'hui, nous avons constitué un groupement d'achat pour intrants (semences, engrais, carburant...) qui sert aussi à la vente commune des récoltes pour obtenir de meilleurs prix grâce à un volume plus conséquent. Parmi les innovations, à noter également que les hangars correspondent à 960 m2, équipés de panneaux photovoltaïques, ce qui permet grâce à la vente d'électricité de couvrir une bonne parti des chages.

La moyenne des 42 exploitations correspond à 45 ha. Aujourd'hui, la Cuma est d'abord un groupe d'agriculteurs qui ont des projets communs, qui dialoguent en permanence. Le hangar où le matériel es à l'abri est devenu aussi un lieu d vie. Quatre modules de chantiers, achetés d'occasion, ont permis l'amnégemnet d'un bureau, d'une salle de réinon, et d'un espace avec sanitaires.

Ce hangar est devenu également un centre important d'activités de la commune. Il attire bien sûr les adhérents, certains y passent tous les jours, et devient aussi un lieu de rencontre avec les habitants du village.

3- Les acteurs

42 agriculteurs et agricultrices sont partie prenante, venus d'une douzaine de villages voisins, pour une moyenne d'âge de 48 ans. Ils sont éleveurs de bovins, volailles, porcs, ovins et, en même temps, céréaliers. Ce sont des hommes et des femmes aux profils différents qui ont un jour décidé de se parler et de mettre leurs efforts en commun grâce, bien évidemment, à quelques hommes fédérateurs pour ce projet de création de de la Cuma.

Ces acteurs recherchent  à travers cette formule une meilleure qualité de vie : famille, loisirs, vacances, respect de notre outil de travail et de vie : la nature, le sol, l'air, les hommes et le monde...


4- Les fruits de cette expérience

Relation aux personnes

Cette initiative a permis à un groupe d'hommes de communiquer. Une dizaine de responsables se retrouvent souvent le matin pour boire le café ensemble et échanger sur les différents projets mais aussi sur la vie des uns et des autres. Les autres membres se retrouvent aussi, moins fréquemment, à travers des commissions de travail. Lorsqu'un des adhérents est en difficulté, nos sommes donc en mesure de l'aider.

La marche de la Cuma est ainsi connue et partagée entre les uns et les autres : organisation de la collecte, définition des prix d'achat et de vente, utilisation du matériel. Le foncier appartenant à chacun est pour autant travaillé en commun. Les adhérents ont très sérieusement allégé leur propre matériel; celui de la Cuma est à la disposition de tous, sans distinction de personne, la responsabilité étant l'affaire de tous.

Relation avec l'environnement

Depuis plus de 15 ans, nous ne retournons plus la terre (labour) afin de préserver la vie du sol (vers de terre et carabes, mulots, micro-organismes…) et nous évitons les phénomènes d'érosion en couvrant systématiquement les parcelles, après récolte, de couverts végétaux qui ont pour rôle de travailler le sol par leurs racines.

Nous préservons également la faune et la flore sauvage ainsi que le verdissement de la nature en maîtrisant la pulvérisation, faite principalement de nuit,  avec des doses d'herbicides réduites au minimum; les insecticides ont été supprimés depuis plus de 6 ans.

Relation avec soi-même

Cette expérience a permis à chacun d'entre nous de faire la point sur sa vie professionnelle et familiale. Cette action a contribué pour chacun à une réflexion personnelle sur son avenir, et le devenir de ceux qui l'entourent (famille, voisins, autres ruraux et même urbains) car, sans les autres, nous sommes peu de choses.

Chaque adhérent a pu avancer sur la connaissance des capacités de chacun à pouvoir partager ses biens, ses pratiques et son savoir. Une prise de conscience s'est faite du bien qui nous a été transmis et que nous transmettons à toute "la planète".

Relation à Dieu

Nous avons eu une approche différente sur les rapports avec les biens. Nous rendent-ils plus heureux, plus riches? La réflexion de notre groupe tourne sur des idéaux créés par l'homme. Mais l'idéal est ailleurs : reconnaître la magnifique beauté et l'organisation de la création qui nous a été donnée à nous les hommes, ainsi que le sens de la vie humaine, courte, fragile, mais si riche!

Tout cela témoigne de "la main de Créateur" et de la relation avec les individus qui déterminent leur avenir spirituel ainsi que la relation avec les autres personnes. Pour cela, nous devons admettre nos faiblesses et reconnaître, avec humilité, qu'en tant qu'êtres humains, nous ne sommes pas toujours à la hauteur de nos valeurs.

lundi 4 mai 2020

Terres d'espérance : Commission Viticole de la Champagne

Initiative se rapportant au chapitre "agriculture" du rendez-vous Terres d'espérance



Chaque année, en Champagne, une équipe composée de prêtres, de diacres et de viticulteurs se réunit pour préparer une proposition d’homélie pour les quelques dizaines de messes et de célébrations qui réunissent les vignerons à l’occasion de la fête de Saint Vincent.
Le thème est maintenant très attendu car il est en prise avec les préoccupations du moment : il est développé au cours de la célébration mais sert aussi pour la préparation dans les confréries locales, permettant d’échanger avec les vignerons sur le sens du travail et de leur métier.


"Commission Viticole Interdiocésaine
 de la Champagne"


1- La genèse



Il y a environ 25 ans, un groupe de prêtres du milieu viticole champenois décide de se retrouver régulièrement pour mieux cerner et comprendre la situation et l’ambiance dans le milieu particulier du monde viticole de cette région.


Ils échangent à partir des témoignages qu’ils reçoivent dans leurs différentes paroisses: les joies, les soucis, l’économie, les accidents climatiques, la qualité des récoltes, tout ce qui touche la vigne, les vignerons et leurs familles.


C’est d’abord un besoin de se retrouver en phase avec ce monde professionnel. Cela permet aussi aux prêtres qui ne sont pas issus de ce milieu de mieux le connaître, de mieux le comprendre. Nous vivons dans un monde où la culture et la spiritualité se vivent autrement.



Plus tard, ce groupe s’est ouvert à quelques laïcs ; puis des diacres issus de ce monde professionnel sont venus compléter le groupe. 

Il est important de noter que les vignerons participants sont originaires de toutes les régions de la Champagne. Chaque secteur ayant ses propres spécificités.

2- Description

Le groupe se réunit au moins deux fois par an. Après avoir échangé sur la situation de notre région viticole, nous nous efforçons de trouver un thème fédérateur pour donner sens à la fête de St Vincent qui est très largement fêtée dans notre région… autant sur le plan de la religion que celui de la tradition…

Nous préparons ensemble un rapport technique pris très au sérieux. Les personnes avec qui nous le partageons ensuite sont reconnaissantes de voir une église qui sait se mettre à leur niveau et comprendre leur façon de vivre et de travailler.

A la suite de ce rapport, nous préparons une liste de textes religieux qui seront choisis par chaque paroisse pour célébrer notre St Patron dans toute la Champagne. Une piste pour les homélies est proposée à la suite de ce choix de textes. L’important étant d’avoir une certaine unité dans le thème proposé chaque année.

Pour exemple, en 2019, nous avons abordé le thème de la gratuité « Y a-t-il place pour la gratuité dans nos vies ? » ; en 2012 : « Les relations humaines sous toutes ses formes et comment ces relations nous font-elles grandir ? » ; en 2008 : « Produit de qualité, produit par des gens qualifiés, pour plus de qualité de vie. »

Nous faisons parvenir ce travail dans toutes les paroisses concernées, dans les évêchés et aux membres de l’archiconfrérie qui fédèrent l’ensemble du vignoble.
Quelques semaines après la fête, nous nous retrouvons pour relire ce que nous avons vécu de partage et de prière à l’occasion de ce moment particulier.

3- Les acteurs

Les prêtres concernés par ce milieu viticole, les diacres qui vivent entièrement ou partiellement du travail de la vigne, des laïcs le plus souvent engagés dans ce monde professionnel ou dans la vie des villages (responsabilités syndicale, engagement coopératif, conseil municipaux…) Chrétiens ou quelquefois plus éloignés.

La Champagne est étendue sur quatre diocèses (Châlons-en-Champagne, Reims, Troyes, et Laon) Seuls, les deux premiers participent à cette préparation. Les autres diocèses ayant plus de mal à nous rejoindre pour cause d’éloignement.

Notre groupe organise aussi quelques fois des rencontres avec les vignerons employeurs de main d’œuvre et/ou le monde du grand négoce champenois.

4- Les fruits de cette expérience

Relation aux personnes

Grâce à cette préparation, nous facilitons les rencontres et les partages. Nous connaissons et nous partageons les mêmes joies, les mêmes peines et les mêmes soucis. Les viticulteurs se sentent compris parce que nous avons le même langage. Le travail que nous leur proposons leur permet de vivre un vrai temps de prière, même s’ils sont souvent loin de toute considération ou de pratique religieuse. Comme nous proposons un travail « sérieux », ils préparent et vivent « sérieusement » ce temps d’action de grâce que nous célébrons ensemble.


Trépail
Relation à l’environnement

Elle est d’abord et avant tout humaine. Même si nos remarques peuvent déranger quelquefois, nos rencontres sont toujours riches et pleines de respect et de tolérance. Il n’y a pas d’animosité, on ressent l’envie de construire et d’avancer ensemble. Il n’y a pas de sujet tabou.

Aujourd’hui, le monde viticole doit franchir d’autres étapes, d’autres évolutions. L’encyclique du pape François sur l’écologie montre une église attentive au bien-être de tous les hommes dans le respect de ceux qui vivent du travail de la terre. La démarche du pape force le respect et permet un dialogue juste et constructif avec ceux qui parlent en son nom.

Déjà en 2010 puis en 2015, nous avons abordé ce thème de l’écologie « cette terre que Dieu nous a confiée » en y apportant beaucoup de mesure, connaissant les réactions d’une partie des viticulteurs sur ce sujet. Ce thème revient inévitablement dans les intentions de prière universelle de toutes nos célébrations.

Relation à soi-même

La relation créée à l’occasion de ces rencontres est avant tout la confiance. C’est un échange mutuel où chacun apporte à l’autre. Ces partages permettent de mieux intégrer les problématiques d’un monde professionnel en perpétuelle mutation et de mieux rejoindre les vignerons.

Quant à eux, ces rencontres leur permettent de « franchir des grilles », découvrir ce qui se passe « derrière ». Elles simplifient la relation avec les gens d’église dans nos milieux très déchristianisés.

Les liens créés dans ces moments permettent aussi une relation facilitée pour toutes les rencontres prévues ou imprévues tout au long de l’année.

Relation à Dieu

« Chaque fois que deux personnes sont réunies en mon nom, Je suis au milieu d’eux ». Par notre présence, par notre souci de rejoindre les vignerons là où ils en sont, Dieu se rend proche de chacun. Même s’ils frappent rarement à la porte du presbytère, ils respectent et ils entrent dans la démarche.

Dans le cadre de cette fête de St Vincent, la tradition et la « superstition » prennent quelque peu le pas sur le spirituel, mais comme nous sommes attentifs à leur façon d’exister et de gagner leur vie, alors ils laissent Dieu faire sa place dans la leur.
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